La pampa, le bœuf et l'estancia

Au sud de l’Argentine, la Patagonie, au nord, la pampa, fameuse pour ses prairies destinées au bétail, et ses fameux gauchos, gardiens de troupeaux portant chapeau, poncho, pantalon bouffant, bottes de cuir, et tasse de maté à la ceinture. Ici, à San Antonio de Areco, un musée leur est dédié. Ils sont l’âme de l’Argentine.

Et pourtant… Cette culture pourrait bien disparaître. En cause : le soja génétiquement modifié, à nouveau coupable, là où on ne l’attendait pas.

Le prix du soja a flambé ces dix dernières années, rendant les champs agricoles bien plus rentables que les herbages destinés à l’élevage. Par ailleurs, le gouvernement a voté une loi pour maintenir le prix du bœuf bas dans le pays (les quantités de viande servies dans les restaurants argentins sont d’ailleurs ahurissantes) tout en instaurant des taxes pour en décourager l’exportation. De nombreux éleveurs ont donc transformé leurs pâturages en champs de soja ou de maïs pour survivre.

Jusqu’en 2001, environ 90% du bétail était nourri à l’herbe. Aujourd’hui, plus de 80% des bovins abattus chaque année passent leurs derniers mois dans des parcs d’engraissement. Regrouper le bétail dans des enclos et l’alimenter de céréales est devenu la norme.

Ces bœufs vivent leurs derniers mois confinés
 dans des enclos en terre battue, et sont soumis à ce régime alimentaire. « Vaccins 
et antibiotiques sont indispensables pour soigner les maladies dues à ces conditions d’élevage », explique le rédacteur du Lonely Planet consacré à l’Argentine. « La viande est moins savoureuse et moins nutritive, mais plus tendre – avec moins de muscle et plus de gras »… Le bœuf argentin ? Un mythe qui s’effondre.

Certaines estancias ont transformé leurs étables en auberges. Nous séjournons dans l’une d’elles, sublime. Nous ne boudons pas notre plaisir, et partons à cheval dans les anciens pâturages en compagnie d’un gaucho. Nous apercevons le ventre vert des perruches, la gorge jaune des passereaux tyran quiquivi, le mince bec des Furnarius, les pattes et les yeux rouges des vanneaux téros. Un peu plus loin, un marais. Nous sommes éblouies par le soleil mais pensons apercevoir des aigrettes et imaginons d’hypothétiques martins pêcheurs. Les bœufs ne sont donc pas aux champs, mais les chevaux sont toujours là, dans ces sublimes prairies roussies par l’été.

C’est aussi la première fois que je monte à cheval, se sera un bien joli souvenir.

Stéphanie Nedjar

Un commentaire

  1. Quand on pense qu’à Paris la station « Argentine » a été nommée ainsi pour remercier ce pays des exportations de bœufs après le 2nde guerre mondiale alors que l’Europe était débovinisée…

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