Féminisme populaire

Ce mardi 10 décembre, l’Argentine aura un nouveau président, le péroniste Alberto Fernandez, vainqueur de l’élection présidentielle dès le premier tour fin octobre face au libéral Mauricio Macri. Le mouvement féministe argentin place beaucoup d’espoir dans ce nouveau président pour que soit enfin reconnu le droit à l’IVG.

En Argentine, l’avortement est vigoureusement combattu par l’Église catholique (rappelons au passage que le pape François est originaire de Buenos Aires) et par les structures traditionnelles, familles et groupes politiques. En 2018, la Chambre des députés avait adopté un projet de loi pour légaliser l’avortement. Mais le projet a finalement été rejeté par la Chambre des sénateurs, suscitant la consternation et la colère des militantes.

Chose surprenante, l’Argentine, très catholique (88 % se déclarent religieux), a pourtant autorisé le mariage homosexuel dès juillet 2010, soit trois ans avant la France.

Concernant l’avortement, le débat est aujourd’hui relancé. A quelques jours de la passation de pouvoir, les groupes féministes argentins se sont mobilisés. Comme ici à Cordoba, seconde ville du pays.

Des groupes féministes manifestent pour demander la légalisation de l’avortement et dénoncer les meurtres et violences faites aux femmes. Cordoba, 2019.

En Argentine, le féminisme est populaire, s’organise par quartiers, dépassant les frontières sociales. Ces féministes sont infirmières, femmes de chambre, paysannes, commerçantes, ouvrières, chômeuses, étudiantes, professeurs, médecins, avocates, etc.

Outre le droit à l’IVG, les groupes militent pour l’accès généralisé à la contraception, pour l’éducation sexuelle, contre les violences faites aux femmes et les féminicides (terme employé depuis des années sur le continent sud-américain pour décrire les meurtres de femmes parce qu’elles sont femmes et apparu plus récemment en France).

Le foulard vert que portent les femmes, accroché autour du cou, à leurs sacs ou brandi lors des manifestations est le symbole du combat pour le droit à l’avortement.

Exposition d’affiches féministes dans le centre culturel Recoleta. Buenos Aires, 2019.

Féminismes, luttes populaires et environnementales convergent. Le mouvement féministe est aujourd’hui le principal acteur sur la scène politique argentine, « susceptible de faire bouger les lignes », devant les syndicats et les partis d’opposition, indique une amie journaliste installée à Buenos Aires. Un mouvement qui dénonce tout à la fois le poids du patriarcat, le poids de l’Église, et plus largement les relations de pouvoir et de hiérarchie. Il n’est donc pas surprenant que ce féminisme argentin, massif, vigoureux, impertinent, récuse aussi les liens de subordination au capitalisme le plus ultra.

Sur les banderoles féministes, on peut lire aussi « contre le FMI, l’impérialisme et les Églises ».

Christelle Marot

Un commentaire

  1. ça bouge beaucoup en Amérique du Sud… à l’image du collectif féministe Las Tesis au Chili, qui inspire aussi des mouvements en France. Vers une conjonction des luttes ?…

Laisser un commentaire