Valparaiso

Les gens d’ici l’appellent Valpo. Valparaiso. VAL. PA. RAI. SO. Il faut chanter les syllabes, arrondir et faire trainer la troisième, monter dans les O. Ville port, elle est une escale, un refuge pour les bourlingueurs, les aventuriers des mers, pour les marins de la terre entière.

Sur la plaza Sotomayor, deux hommes en uniforme montent la garde devant l’entrée de l’imposante académie navale. En face, de l’autre côté de la rue, sur les quais, les grues s’activent, attrapent avec leurs dents les conteneurs bleus et rouges posés comme des legos sur de longs bateaux cargos.

La baie de Valparaiso est une demi-lune dans laquelle se reflètent les 45 cerros, collines, sur lesquelles sont accrochées en escalier une foule de bicoques, de maisons tourelles et de villas tarabiscotées de couleurs vives et poudrées, sur lesquelles serpentent des ruelles pavées et grimpent des ascensores, des funiculaires, datant des années 1900.

Les bleus encres et azurs, les carmins, les rouges éclatants, les verts pâles, les verts calypso, les jaunes clairs, les oranges, les marrons rouille sont autant de petites touches sur la palette d’un peintre que rehaussent encore un ciel sans nuage et un soleil ardent.

Tout là haut, perchée, La Sebastiana, la maison phare de Pablo Neruda, l’homme à la centaine de poèmes d’amour, domine une mer tranquille, presque d’huile. De la ville basse, monte le bruit des voitures, des klaxons, des cloches qui sonnent à la volée, monte le cri métallique des machines du port, le cri des mouettes et le bruit des voix qu’étouffe le vent.

Crédit photo Christelle Marot & Stéphanie Nedjar

Dans le square de la rue Cumming, un vieux type joue de la trompette, un petit air de jazz bohème et mélancolique.

On vient se perdre et se fondre à Valparaiso. On peut venir et tout recommencer à Valparaiso. Les murs ont des yeux et des visages, et les portes susurrent des histoires de chats, de femmes volcans, de ventres sans tête, des histoires d’hommes scaphandres et d’oiseaux du paradis camouflés par un feuillage doré.

Si j’étais une ville, je serais un port

Si j’étais un port, je serais Valparaiso

Surgissant d’un galimatias de fils électriques, j’en compte cinq, une portée d’oiseaux. Un moineau, croche brune, s’immobilise, appuie sur le La.

Un jeune homme peint des lettres blanches sur la façade parme de sa maison : El mundo es un libro y aquellos que no viajan, lean solo una pagina.

Un petit camion bleu transportant des bouteilles de gaz descend la rue Cumming. Sur la plate-forme arrière, un homme avertit les clients du passage du marchand de bouteilles en jouant de la musique, tapotant les ventres des bombonnes blanches avec une baguette métallique.

Voilà, c’est ça Valparaiso. Au cœur, la poésie.

Crédit photo Christelle Marot & Stéphanie Nedjar

Christelle Marot

2 commentaires

  1. Presqu’aux antipodes ! qu est ce que cette ville semble attirante, merci de nous y promener! Chargée de toutes ces histoires de marins, de Cap Horniers ; Souvenirs de Pablo Neruda, ces textes si poétiques que vos photos restaurent dans ma tete.
    On en réverait presque……………..si les photos de Victor ne plombaient pas la poésie (elles sont tres belles ce n’est pas ce que je veux dire!). Je veux parler du super marché, pareil à celui d’ici, de la bas et de partout : vive la mondialisation ! Les grandes surfaces, championnes toutes catégories pour nous vider le porte monnaie et nous flinguer le moral!
    « Un autre monde est possible » ai-je lu il y a bien longtemps quelque part sur le Larzac!

  2. C’est assez étonnant cet usage massif du dessin et du décor.
    Volonté d’enchanter son cadre de vie par un peu de couleur, volonté d’exprimer tout bas ce qui ne peut l’être plus haut ou , plus simplement, juste une manière de vivre et d’interagir avec la communauté ?

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