Arequipa, jour de fête

Nous sommes réveillés dimanche de bon matin par la fanfare ! PomPomPom, la mailloche s’écrase contre la grosse caisse. PôPôPô répond l’hélicon. Les cymbales cristallines giflent l’air et les tambours roulent en cadence. Trompettes et saxophones, la trombine fière, vibrent dans les airs. Le trombone à coulisse s’étire. Bonhomme, le soubassophone parade son pavillon blanc. La clarinette fluette se faufile dans cet ensemble gaillard.

Ah, ils sont bien beaux, les jeunes musiciens de l’ensemble symphonique Honorio Delgado Espinoza de Cayma Arequipa, campés dans leur veste marine, de gros galons dorés cousus sur la manche droite, les boutons qui scintillent au soleil, le pantalon et les souliers blancs immaculés, arborant sur leur casquette façon officier de marine l’écusson et la devise de l’école « Honneur, Discipline, Etude ».

Et tandis qu’ils jouent « la marcha escuadra peruana », les clameurs joyeuses de la foule d’Arequipa montent vers le ciel clair et doré. Les gens sont de sortie, habillés tout beaux en dimanche. Les petits garçons ressemblent à de petits monsieurs, pantalons de flanelle marron qui dégringolent sur des mocassins trop grands. Les fillettes portent des nattes et des robes à volants.

On salue la jeunesse qui défile, on applaudit. Il y a là les ingénieurs de l’Université nationale de Saint Augustin en chemise bleu clair et casque de chantier, et puis les cadets de l’école de police, une matraque blanche coincée entre le coude et le flanc, casquette noire vissée sur la tête, ils viennent mollement.

Suivent les étudiantes de l’école environnementale, en tailleur et talon, qui oscillent de-ci de-là sur les pavés. Apparaît le collège Galileano Peruano Italiano et son armada de jeunes filles timides en jupes écossaises noires et blanches, et chaussettes hautes, elles rient et se reprennent, cachant leurs visages dans leurs mains.

Au tour des vétérans, promo 1970, 1965, etcetera, ils marchent fiers, étriqués dans leurs costumes sombres dont les coutures manquent de craquer sous les bras et sur le ventre, ils ont chaussé les lunettes noires des Men in Black, il y en a même un qui fait l’original avec ses lunettes de l’espace argentées. Ils ont bien du mal à lever et à garder la jambe raide droit devant, alors ils fléchissent un peu le genou et paradent désarticulés, clownesques et attendrissants.

Un drone surgit, remonte  le défilé, s’immobilise bas au dessus des têtes. Voilà que s’avancent les gars de l’armée de terre, en ordre rangé, impeccable, rien ne dépasse, tenue de camouflage couleur sable, avec fixés au bout de leurs vieilles mitraillettes d’inquiétantes baïonnettes. D’un coup, ça rigole moins, ça impose le respect, ça frissonne l’échine. Tout en blanc, c’est la Marine, et puis les soldats du régiment 500 de Pedro Silva portant des sabres à la ceinture. Derrière, il y a la police d’Arequipa en pantalon kaki et chemisette beige, des hommes qui chantent fort et orgueilleux.

C’est jour de fête à Arequipa, on célèbre tout en même temps, la jeunesse étudiante et la jeunesse militaire, les étudiants devenus vieux et les anciens conscrits plus discrètement.

Sur la Plaza de las Armas, la vingtaine de palmiers s’est mise sur son trente et un, les cheveux en broussaille peignés, coiffés, ramenés sur le haut de la tête. Près de la fontaine qui glougloute, on vient tirer le portrait en famille. Madame, la trentaine, a mis son chapeau noir, sa robe ajustée grise à paillette et son rouge à lèvres brillant. Le plus jeune des deux enfants a une douzaine d’années, il vient de parader important tout autour de la place, il en est encore tout étourdi. C’est monsieur en bras de chemise et casquette qui prend la photo avec un appareil numérique, sous l’œil dépité d’un vieux photographe dont c’est le métier. Près de la fontaine, des marchands ambulants proposent perches à selfie roses et jouets pour enfants bon marché.

De l’autre côté de la place, la cathédrale Notre-Dame d’Arequipa vêtue de sillar, boude, chagrine, de se voir voler la vedette. Dans le lointain, les monts Trigo, Angel, Fatima et Chachani, goguenards, se tiennent la main. Elégant, le volcan El Misti a enfilé lui son bonnet de neige et veille, sentinelle, sur Arequipa, la blanche.

Christelle Marot

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