Un jour, Cabo Blanco

Paris, Mercredi 10 décembre 2014. « Pérou : la disparition des anchois déroute les experts ». Ce titre, en page six du Monde me fait mourir de rire. Je le découpe, il restera longtemps punaisé aux murs de mon bureau. J’étais alors loin de me douter que cette question deviendrait la mienne.

Cabo Blanco, jeudi 12 septembre 2019. Petit port de pêche à l’extrême nord du Pérou. Il nous faudra une heure de bus et 20 minutes de moto taxi pour l’atteindre depuis Mancora. 1200 kilomètres au nord de Lima. Bref, le bout du monde.

Un jour, Cabo Blanco a été un port de pêche connu de l’Amérique toute entière. Hemingway venait y pêcher le Marlin à bord du bateau Miss Texas, Paul Newman, Marilyn Monroe et John Wayne fréquentaient son Yacht Club, la pêche sportive avait transformé le nord du Pérou en riviera pour amateurs d’aventure et de gros poissons. Un peu partout dans la ville, est affichée cette photo en noir et blanc d’Alfred Glassel Jr. aux côtés du plus gros marlin jamais attrapé : 780 kg !

Mais voilà, c’était les années 50. Aujourd’hui, à Cabo Blanco, les bateaux de pêche sont des points blancs qui ne bougent pas de la ligne d’horizon. Une dizaine de pêcheurs tout au plus vendent leur poisson sur l’immense jetée, et le village est désert.

En cause ? La surpêche. Si les marlins dodus fréquentaient ces eaux, c’est parce que les anchois y frétillaient par milliers. A Cabo Blanco, on est en effet à l’intersection des eaux froides du courant de Humboldt et des eaux chaudes du courant équatorial du Pacifique. En 2000, 41 000 tonnes de poisson furent pêchées à Cabo Blanco. Dix ans plus tard, seulement 3000. Il est question aujourd’hui de faire de cette zone une zone marine protégée. J’ai du mal à comprendre. Que fera t-on de la plateforme pétrolière visible depuis la plage, à une centaine de mètres tout au plus du rivage ? « Les vibrations provoquées par les forages ont faire fuir les anchois », nous explique Juan Francisco Chavez, propriétaire du Black Marlin. Sur les murs de son restaurant, des dizaines de photos de la belle époque. Aujourd’hui, nous serons les seuls clients de la journée.

Stéphanie Nedjar

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