Triste mine

Dans le district de l’Alto, sur les hauteurs de Cabo Blanco, des centaines de derrick forent le sol. Ils appartiennent à la compagnie pétrolière chinoise CNPC, celle-là même qui exploite la plateforme pétrolière au large de ce petit village de pêcheurs qui se meurt doucement.

Une situation qui n’est pas sans causer de troubles. Il y a 20 ans déjà, les habitants se sont révoltés, réclamant des retombées concrètes pour ce village. Rien n’est venu. Les édifices et les maisonnettes tombent aujourd’hui en décrépitude. Le manque d’infrastructures économique et sanitaire est criant.

Depuis 25 ans, sur tout le territoire péruvien, les conflits sociaux environnementaux se multiplient, entre communautés locales, notamment paysannes et indigènes, et entreprises extractives. L’Observatoire des conflits miniers du Pérou en recense plus de 200 en permanence.

En cause : l’expansion minière et pétrolière décrétée par les autorités péruviennes dans les années 90 et l’ouverture du territoire aux compagnies étrangères, chinoises, australiennes, canadiennes, américaines, mexicaines, etc. Le pays regorge de ressources : pétrole, or, argent, cuivre, étain, zinc, plomb, lithium. Il est notamment le second producteur de cuivre et d’argent, et le cinquième producteur d’or de la planète.

Aujourd’hui, l’activité extractive est l’un des secteurs clés de l’économie péruvienne. Près de 20 % du territoire est aujourd’hui sous contrat d’exploration ou d’exploitation minière. Au début des années 1990, les concessions minières représentaient 2,3 millions d’hectares. Elles en couvrent aujourd’hui 26 millions. Cela représente 20 % des investissements, plus de 60 % des exportations en valeur, 25 % des recettes fiscales. Pour autant, la moitié des péruviens vivent sous le seuil de pauvreté.

Et le coût écologique, pollution des eaux, destructions des écosystèmes, est massif. L’eau potable est rare. Les déchets miniers sont rejetés dans la nature. Les forêts sont dévastées. Les habitants à proximité des gigantesques mines de plomb (Cerro de Pasco dans l’Altiplano, la Oroya dans les Andes péruviennes notamment) ou de cuivre sont intoxiqués aux produits chimiques et métaux lourds.

Les défenseurs de l’environnement et les leaders paysans qui s’opposent aux projets subissent, eux, la répression et la violence des autorités et milices privées.

Christelle Marot

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