L’ananas de la discorde

Si le Costa Rica est aujourd’hui vu comme un « champion » du développement durable, grâce à la production d’une électricité 100 % verte, grâce à sa politique réussie de reforestation, au développement d’un tourisme soutenable et à des ambitions fortes dans la lutte contre les émissions carbone, il n’en cultive pas moins un paradoxe de taille : son agriculture a le taux de pesticides par hectare le plus élevé au monde, 50 kg par hectare, selon la FAO, quand la France, par exemple, en utilise 4,4 kg.

Pour produire l’ananas, notamment, devenu en 15 ans la première culture d’exportation du pays, boostée par la demande des consommateurs américains et européens, les grandes multinationales du secteur recourent à des quantités folles de pesticides comme le diuron (interdit en France), le carborufan (interdit en Europe et en France), le bromacil (interdit en France et en Europe) ou d’autres produits phytosanitaires comme l’éthephon pour colorer la peau, qui utilisé en quantité excessive peut être cancérigène.

La moitié des ananas vendus sur les étals américains et européens proviennent désormais du Costa Rica.

On se demande d’ailleurs, comment l’ananas costaricain, qui ne respecte pas les standards de production français ou européens, parvient-il à se frayer un chemin jusque dans nos assiettes ?

Dans la région de Los Chiles, zone de production intensive à la frontière du Nicaragua, Alvaro Alvarez, petit paysan, est amer. « Les pesticides ont contaminé l’eau des puits, l’environnement, cela a rendu les sols stériles. Les gens tombent malades », nous explique t-il, impuissant.

La culture intensive de l’ananas et la perte concomitante de biodiversité fait apparaître des maladies, comme « la plaga de la mosca » qui décime les troupeaux. Son voisin, Adrian, 70 ans, se prend la tête entre les mains et pleure. « Je n’ai plus rien, à cause de la maladie de la mouche, toutes mes vaches sont mortes », raconte t-il.

Du côté du gouvernement, on reconnaît que l’emploi excessif de pesticides est un problème majeur. Mais les autorités ont bien du mal à réguler le secteur tenu par les grosses firmes étrangères. Et veulent croire que leur salut viendra du marché et des consommateurs européens, qui finiront par bouder l’ananas costaricain, les obligeant à de meilleures pratiques. Quant à produire des ananas bio…

Christelle Marot

Un commentaire

  1. Oui, bonne question ! Comment peut-il passer à travers le filet de la réglementation européenne/française ?

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