« I don’t give up on hope »

Nous sommes une petite centaine ce mercredi-là, à neuf heures, sous le préau de l’école Quaker de Monteverde. Nous prenons part à la ‘’réunion des amis’’ aux côtés des membres de la communauté. Trois quarts d’heure de silence, que chacun peut rompre pour partager une pensée avec le groupe. A deux reprises, des femmes se lèvent. Elles parlent en anglais, leurs propos sont ensuite traduits en espagnol. Il est question des arbres et de la nature.

Pourquoi l’anglais ? Pourquoi les arbres ? Les Quakers installés ici ont quitté les États-Unis au début des années 1950. Fermiers pour la plupart, très soucieux de préserver leur environnement et la Terre plus généralement, ils sont à l’origine de la création de la Reserva biologica bosque nuboso, la forêt dans les nuages.

A la fin de la cérémonie, je m’approche de la première des femmes qui s’est exprimée ce matin. Je lui pose quelques questions, elle nous invite à prolonger la conversation chez elle dans une petite heure, juste le temps de raccompagner une amie qui se déplace avec difficulté. Nous la voyons s’éloigner dans son trolley électrique. Une heure plus tard, tout au bout d’un chemin forestier, nous arrivons donc chez Sarah.

Sarah a rejoint la communauté au tout début des années 70. Elevée dans la Baie de San Francisco, empêchée par sa mère d’étudier à Berkeley, cette université si subversive, elle attend d’être diplômée pour vivre sa vie, loin de l’Amérique suburbaine et va t-en-en guerre. Ce sera New York City, puis l’Europe et ses musées, en minivan, puis la Colombie-Britannique, puis une communauté hippie dans les bois quelque part dans le Nord de la Californie, puis enfin le Costa Rica. Pourquoi le Costa Rica ? Ce petit pays d’Amérique centrale n’a pas d’armée et son climat est doux, ce qui permet plus aisément de vivre simplement. « Je voulais pouvoir vivre sans électricité ou téléphone ». Sarah sillonne le Costa Rica, arrive dans les montagnes de Monteverde et comprend que cet endroit est fait pour elle. « Je n’étais pas quaker, juste hippie », dit-elle en riant. Mais elle partage les valeurs et les objectifs de la communauté.

Je pourrais vous parler longtemps de Sarah. Je la vois, là, avec son chandail de la couleur de ses yeux, son regard qui pétille à chaque instant,  ses joues qui rosissent lorsqu’elle avoue avoir finalement installé l’électricité, la délicatesse de ses aquarelles, les petits biscuits italiens qu’elle nous offre avec un bon café, le trapèze qui pend dans le salon… Je lui demande si elle ne perd pas foi en l’avenir parfois, avec Trump, Bolsanero, tout ça. Non, me dit-elle avec gaité : « I don’t give up on hope ». Je ne renonce pas à l’espérance.

Cliquez, agrandissez. Chez Sarah tous les détails sont émouvants.

Stéphanie Nedjar

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