Ggggrrrrr

Après avoir passé une journée à marcher la tête dans les nuages à Monteverde, c’est avec joie que nous nous lançons sur les sentiers du Parc de Santa Elena car le temps semble sec.  Nous sommes les premiers à inscrire notre nom dans le cahier de présence des visiteurs. A cela plusieurs raisons : la saison des pluies n’est pas franchement prisée des touristes, et par ailleurs le parc est moins connu que celui de Monteverde. Une raison supplémentaire de se réjouir, donc : nous serons seuls dans le parc !

Ici, le ciel est moins chargé d’humidité mais la végétation nous semble plus dense. Nous avons devant nous une forêt de lianes. Avant d’emprunter l’itinéraire principal, nous passons par le « teenagers trail » au bout duquel nous devrions trouver un point d’observation de la vallée.

Après quelques efforts, nous apercevons en effet une tourelle métallique. Pourtant, Victor, qui marche en tête, demande à sa mère de passer devant. Etrange. Quelques instants plus tard, elle lance : « Vous avez entendu ? ». Victor acquiesce.  « Oui, j’ai entendu ». Entendu quoi ? On ne sait pas trop. Au visage inquiet de Christelle, on comprend qu’il y a un problème. Un grognement ? L’un de nous se saisit du dépliant sur la faune et la flore locale pendant que l’autre se saisit des jumelles, scrutant une épaisse végétation qui ne laisse rien entrevoir.

Là, sur le sentier, à droite…

Le dépliant laisse peu d’options : il s’agit soit d’un puma, soit d’un jaguar, soit d’un ocelot. Les rédacteurs du dit dépliant ont judicieusement inscrit la taille moyenne de chaque animal sous leur image. Jaguar : 1,50 mètres. Ocelot : 75 cm. Christelle et Stéphanie se regardent sans mot dire afin de ne pas inquiéter le petit plus que de raison. Décision est prise de monter quand même au sommet de la tourelle. Gagnons du temps, allons contempler la vue sur la vallée.

Alors que nous empruntons l’escalier métallique, chacune de nous y va de ses réflexions muettes.
L’une : Un gros chat pourrait tout à fait nous rejoindre sur cette tourelle.
L’autre : Grimper au sommet d’un arbre nous protègerait éventuellement d’un ours, comme nous y avions pensé dans les Rocheuses. Mais pas d’un félin.
L’une : Est-ce qu’on a du réseau ? Vite, activer la géolocalisation.
L’autre : Pas de bâton dans cette jungle humide, que des branchages pourris.

Nous décidons de continuer notre route, nous sommes de toute façon à mi-chemin. L’une devant, l’autre derrière, le petit au milieu, nous avançons en rang serré. Christelle entend à nouveau le grognement. Stéphanie aussi. Aucune des deux ne pipe mot. Nous comprenons que l’animal n’a pas fait que protéger son territoire, il nous suit sur le sentier. A l’intersection nous bifurquons de manière à changer de flanc, en s’imaginant que l’animal restera de son côté de la vallée.

Nous n’entendrons plus l’animal. Mais chercherons encore à trouver un gros bâton. En rentrant, nous cherchons des enregistrements de grognements. Nous avons entendu un ocelot. Nous ne savons pas si nous devons nous réjouir. 75 cm, donc.

(la boule de poils entre les mains de notre enquêtrice est un puissant enregistreur de sons)

Stéphanie Nedjar

3 commentaires

  1. Quel suspense ! J’avais le biberon d’une main et le téléphone de l’autre. De pouvoir lire la chronique, ouf j’étais rassurée quand à la fin de l’intrigue.

  2. Difficile de se concentrer sur la flore dans ce contexte sonore…
    Mignon l’ocelot Padeb

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