Los Angeles, être ou avoir été

Il fend la foule dans l’indifférence générale tenant haut une pancarte au-dessus de sa tête « Jesus save us », appelant dans l’hygiaphone le Christ à nous laver de nos péchés. Il fend la foule, indifférent aux étoiles d’Hollywood sous ses pieds, tandis que des touristes européens et chinois scrutent les dalles pour immortaliser avec leurs téléphones portables le nom des célébrités. Un homme noir fait mine de déféquer sur l’étoile de Trump, inaugurée quand le milliardaire était une star de la télévision avec The Apprentice, son show de télé-réalité.

Sur les trottoirs sales et abîmés de West Hollywood, des vendeurs à la sauvette proposent des souvenirs bon marché en plastique made in China, des churros, des tacos et des sweet-shirts d’extra-terrestres aux couleurs criardes. Un grand gaillard d’une quarantaine d’années débourse 10 dollars pour une photo avec Batman. Puis la chauve-souris sort du champ et rejoint Wonder Woman devant la vitrine du Hard Rock Café. Une boule de glace glisse d’un cornet et s’écrase sur le parvis du Chinese Theatre, là où les plus grands, d’Humphrey Bogart à Gena Rowlands, en passant par Jack Nicholson, George Clooney et Emma Thompson, ont laissé dans le ciment leurs empreintes de pieds et de mains. Hollywood n’a pas fière allure.

Le cœur de Los Angeles, non plus, n’a pas belle allure. On devine bien la gloire passée en sillonnant les rues mal entretenues de downtown, bordées de vieux cinémas fermés, aux peintures défraichies. Il y a là, le Roxie Theatre, l’Arcade, le Los Angeles Theatre et le Cameo. Des touffes d’herbe se nichent dans les fissures de l’asphalte. Et puis, il y a cet incroyable campement au sud de Fashion District, des milliers de tentes qu’occupent des pauvres, des homeless, principalement des Afro-Américains et des Latinos. Un bidonville de tentes en quelque sorte. Voilà c’est ça, c’est « Tenteville ».

Selon Los Angeles Homeless Service Authority, 59 000 personnes vivent dans les rues de Los Angeles en juin 2019, c’est 16 % de plus que l’année précédente. Selon l’Université de Californie du Sud, le taux d’inégalité est plus fort à Los Angeles qu’ailleurs dans le pays. Et près du quart des Afro-Américains et des Latinos vivant dans la ville sont en dessous du seuil de pauvreté, contre 10,6 % pour les Blancs.

Alors, oui, il y a bien Beverly Hills et ses élégantes avenues plantées de palmiers et de villas pour milliardaires, et puis Rodeo Drive, ses boutiques de luxe, sur laquelle les voitures de sport défilent et pétaradent. Certes, il y a Malibu et son chic artificiel, et toujours les voitures de sport. Sans oublier les studios de cinéma, Warner Bros, Universal et Paramount. Il y a le musée du Getty Center, merveille d’architecture réalisée en travertin importé d’Italie, construite sur une colline surplombant Los Angeles. Tout cela peut faire rêver.

Mais il y a « Tenteville » quand même. Los Angeles pleure son faste d’antan, devenu un concentré d’inégalités obscènes qui s’accroissent chaque jour un peu plus.

Agir pour l’environnement et le climat, c’est penser aux générations futures, c’est sortir de soi, de son individualisme, c’est penser collectif, social.

Alors on ne peut s’empêcher de se demander : mais que font donc les richissimes sociétés de la Silicon Valley, les fameuses GAFA et autres réussites de la Tech ? Que font donc les propriétaires de villas sur Beverly Hills et conducteurs de voitures de sport ? Sauront-ils, voudront-ils payer pour la transition écologique ?

Dans le pays, de plus en plus de voix s’élèvent, venant de politiciens, d’économistes, d’hommes d’affaires aussi, pour que les archi milliardaires prennent leur juste part et soient plus lourdement taxés, afin de financer la protection de l’environnement, la lutte contre le  réchauffement climatique, la réduction des inégalités. Une question de morale et de responsabilité.

Espérons que ces voix soient entendues.

Christelle Marot

2 commentaires

  1. 59 000 personnes vivent dans les rues de Los Angeles !?!???
    La question de l’intervention sociétale des GAFA se pose, en effet, mais c’est tout un système à repenser !!

    1. Absolument, c’est exactement ce que nous nous sommes dit : Mais que font les GAFA ? L’Etat le plus riche des Etats-Unis et où, pourtant, les routes sont moins bien entretenues que dans l’Oregon ou Washington, pour ne parler que des états parcourus à la même période… Et quid des fondations d’entreprises destinées à échapper à l’impôt, qui conduisent à aller construire des toilettes en Afrique (Bill Gates) plutôt qu’a trouver des emplois aux SDF californiens…

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