Terminus, tout le monde descend !

A l’époque de la conquête de l’ouest, les chemins de fer ont transformé les États-Unis une première fois. A l’époque du changement climatique, leur donnera t-on la possibilité de métamorphoser le pays une nouvelle fois ? Les déclarations récentes du gouverneur de Californie laissent peu d’espoir.

Dans les années 1830 le train a favorisé l’implantation de familles dans l’ouest du pays. Les voyageurs ont dès lors boudé le transport fluvial, pourtant tout jeune. Mais un siècle plus tard, 100 000 ponts et 800 000 km de routes sont aménagées sous l’impulsion du New Deal. Société d’abondance aidant, l’Américain se réfugie dans sa voiture et le train est à son tour oublié. Puis le développement de l’aviation signe son arrêt de mort et en 1971 le gouvernement fédéral se voit presque contraint de créer l’Amtrak pour sauver ce qui en reste. Soit, aujourd’hui, 34 000 kilomètres de lignes, essentiellement utilisées pour le fret alors que à peine 0,1% des déplacements de personnes se font par le train !

Arrivée en gare de San Francisco

En 2009, un plan de modernisation des infrastructures de transport est lancé. 27 milliards pour la route, 9 milliards pour le rail, dont 8 dédiés au développement de la grande vitesse. Les enjeux évoqués sont multiples : désengorger routes et aéroports, la réduire les émissions de carbone, nécessité d’évoluer vers une économie moins dépendante de la ressource pétrolière. La Californie pousse pour une ligne à grande vitesse de 1300 km reliant, grosso-modo, San Francisco à San Diego en passant par Los Angeles – Un projet fortement soutenu par le gouverneur Schwarzenegger qui souhaitait en faire un héritage de son mandat.

Dix ans plus tard, le projet est abandonné. Raison invoquée par le nouveau gouverneur : trop couteux, trop long. La Californie est pourtant la cinquième économie mondiale en termes de PIB. L’argument comptable ne saurait faire oublier la psyché américaine : la loi américaine est avant tout du côté de l’individu. L’obliger à vendre ses terres pour y faire passer une nouvelle ligne de train est déjà une mission impossible. Et par ailleurs, l’Américain est très attaché à sa voiture. En amont comme en aval des projets de ligne à grande vitesse les blocages sont là et les émissions carbone ne semblent guère émouvoir les conducteurs, qui continuent à rouler seuls dans leur voiture.

Stéphanie Nedjar

6 commentaires

  1. Ce manque d’intérêt pour le rail et les perspectives de réduction des dépenses énergétiques contraste cependant avec l’image que donne la Californie, comme étant souvent pionnière en matière d’engagement en faveur de l’écologie ?…

  2. Ce manque d’intérêt pour le rail et la réduction des dépenses énergétiques contraste cependant avec l’image que donne la Californie, souvent pionnière en matière engagement en faveur de l’écologie ?…

  3. Vous qui êtes bien documentées, connaissez-vous l’empreinte carbone du rail vs route ? Je me pose la question alors que je suis moi-meme en train de m’enfiler 900kms d’autoroute 🙄.
    J’ai lu récemment que le plus gros consommateur de round up c’etait les reseaux de chemins de fer … pour nettoyer les rails des mauvaises herbes !

    1. très bonne question, Anne, et difficile d’y répondre car tout dépend de ce dont on parle : voitures diesel ou essence, locomotives diesel, nombre de passagers… Ce qui est vrai des Etats-Unis en tous cas, c’est que leurs trains sont terriblement vétustes et polluent donc beaucoup.
      J’ai trouvé un article très intéressant du National Geographic sur le sujet, qui revient sur tous ces aspects. A consulter, car c’est vraiment très complet :
      https://www.nationalgeographic.com/travel/features/carbon-footprint-transportation-efficiency-graphic/

  4. Cet abandon annonce t-il celui prévu au Royaume-Uni (entre Londres, Birmingham et Birmingham) ?

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