Comme une toupie à Okanogan County

Le ciel tournoie. Ou c’est moi qui tournoie, je ne sais plus. Campée sur une bouée, je me laisse emporter par les rapides de la rivière Okanagan et je regarde le ciel. Des aigles se laissent porter par le vent, deux papillons convolent, et les hirondelles, en escadrille, semblent, comme toujours, aller à un rendez-vous urgent.
Nous sommes au nord-ouest de l’Etat de Washington, comté d’Okanogan.

D’abord portée par le courant, je suis une toupie désormais transportée par le rivage.

C’est un rivage des années cinquante. Un rivage pour gosses en Converse et tee-shirts à rayures qui se retrouvent à la rivière après l’école, ou l‘été après dîner. Des cordes sont accrochées aux branches des arbres. En fin de journée le soleil scintille dans les branches avec autant de perfection que dans un film de Terence Mallick. Derrière les buissons une vieille voie ferrée. Ce rivage, c’est l’Amérique rurale de Stand By Me. Celle des Ford et des Chevrolet, des bouteilles de lait en verre et des tourtes au poulet.

Je hais les supermarchés, je voudrais encore pouvoir manger des tourtes au poulet et acheter mes bonbons à l’unité dans des grands bocaux très lourds. Je ne suis pas écolo, je suis vintage !

Stéphanie Nedjar

3 commentaires

  1. Selon le dieu Google : vintage, en tant qu’adjectif invariable, se dit de vêtements, d’accessoires de mode qui datent d’une époque relativement ancienne.

    Je ne sais pas si les moments de recul poussent tous à ce genre de sentiments quasi-nostalgiques à mi-parcours entre l’insouciance et la mesure. Où es-tu Laura Ingalls ?

    1. Cette réflexion n’est pas née de la distance géographique mise entre le quotidien laissé derrière moi et l’exceptionnel vécu en ce moment. C’est tout simplement le constat de la dislocation du lien social. En cause selon moi ? Les écrans et les grandes surfaces. Il y a quelques temps j’aurais dit « la télévision » mais lorsqu’on voit les jeunes des auberges de jeunesse absorbés par leur smartphone au point de ne plus regarder leurs voisins on se rend compte que la télévision n’était qu’une toute petite menace.

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