Les oies sauvages

Nous sommes sur la route depuis plus de trois semaines et le sentiment d’être partis depuis déjà bien longtemps. On s’habitue vite au dépouillement, à considérer que l’essentiel de nos vies et habitudes tient dans une seule valise et un sac à dos, à se contenter d’un coin de table pour écrire une carte postale ou rédiger un post.

Nous n’avons pas besoin de grand chose, nous portons notre maison sur notre dos. La technologie aidant bien sûr. Mouvement perpétuel et dépouillement, on touche une certaine forme de liberté.

Nous faisons du paddle dans la baie de Vancouver, debout sous le soleil, à tanguer au rythme des vagues et filer ahuris quand le vent se lève. Après quelques minutes d’hésitation, les jambes tremblantes, après de minces chutes, nous parvenons à nous maintenir sur la planche, à oublier les tensions pour nous laisser porter par la mer. Dans le lointain, la corne de brume d’un navire cargo rouge et noir retentit. De petits kayaks jaunes, trop prêts du monstre, décident alors de faire demi tour.

Nous nageons dans l’océan glacé du Pacifique protégés par nos combinaisons en Néoprène. Nous partageons la baie de Vancouver avec les oies sauvages, qui barbotent et passent sur la plage. En juin, la mer à Vancouver, c’est froid et beau comme un hiver.

Christelle Marot

6 commentaires

  1. La vie de nomade(s) a ses charmes. Belle analyse, belles descriptions. Vous suivons à la trace… APN

  2. Vous vivez des moments privilégiés, et j’ai le sentinent que le moment où je vous lis l’est tout autant pour moi. Votre experience vecue et la qualite de l’écriture y contribuent. Merci pour ce partage.

  3. « La terre est bleue comme une orange […]
    Les guêpes fleurissent vert
    L’aube se passe autour du cou
    Un collier de fenêtres
    Des ailes couvrent les feuilles
    Tu as toutes les joies solaires
    Tout le soleil sur la terre
    Sur les chemins de ta beauté »

    Ces « oies sauvages » me font penser à Eluard, je ne sais pas pourquoi… peut-être ce sentiment que vous nous faites partager un peu de la poésie du monde, loin de ses vacarmes terribles. Joie.

  4. Voir l’horizon, ne plus penser à rien, s’évader, se connecter aux éléments.
    Comment franchir le pas pour entamer le même projet ?!?

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