Trans Mountain #6 : le Canada face à ses contradictions

Comment concilier engagements climatiques internationaux pour limiter les émissions de gaz à effet de serre et poursuivre dans le même temps la construction du Trans Mountain pour assurer de plus larges débouchés à l’industrie pétrolière ? Pour le Canada, l’équation à résoudre est schizophrénique.

Le pays est signataire de l’Accord de Paris et doit tout mettre en œuvre pour limiter ses émissions en deça de 2°C. Sauf que l’agrandissement du Trans Mountain, qui ajoute 590 000 barils de pétrole par jour de capacité, devrait augmenter les émissions en amont de 13 à 15 millions de tonnes de CO2 par an, selon l’Agence canadienne d’évaluation environnementale.

Le Premier ministre Justin Trudeau a trouvé la parade. Réaliser l’expansion du réseau oléoduc Trans Mountain et utiliser les revenus du pétrole pour ensuite assurer une transition énergétique verte. Ou comment polluer pour ensuite mieux dépolluer.

Selon le think tank canadien Conference Board of Canada, en ouvrant l’accès aux marchés mondiaux, le Trans Mountain, pourrait occasionner des retombées économiques de 31 milliards d’euros (46,7 milliards de dollars canadiens) sur 20 ans pour les gouvernements fédéral et provinciaux (taxes et impôts), tandis que les pétroliers verraient leurs revenus augmenter de 50 mds€ (73,5 mds $CAD) sur la même période. Des retombées contestées qui ne prendraient pas en compte les effets négatifs du projet, ni son coût réel (désormais évalué à près de 6,5 mds€). Et alors même que le réchauffement climatique est deux fois plus rapide au Canada que dans le reste du monde.

« La science montre que la production accrue de combustibles fossiles rendue possible par l’expansion du pipeline Trans Mountain rendra pratiquement impossible pour le Canada de respecter ses engagements en matière de lutte contre le changement climatique, indique Kirsten Zickfeld, professeure de géographie de l’Université Simon Fraser et auteure principale du rapport spécial du GIEC sur le réchauffement planétaire de 1,5 degré. Tout gouvernement qui augmente la capacité d’un important pipeline de pétrole et étend les sables bitumineux en 2019 est un gouvernement qui ne comprend pas sincèrement l’urgence climatique dans laquelle nous vivons ».

La question est politique. En arrivant au pouvoir, Justin Trudeau s’est engagé fermement à poursuivre le projet Trans Mountain. Il lui est difficile aujourd’hui de s’en écarter. Question de crédibilité. Les prochaines élections d’octobre seront donc cruciales.

Fin de la série Trans Mountain.

Christelle Marot

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#3 Trans Mountain by numbers

#2 Avertissement : traversée du pipeline Trans Mountain

#1 Trans Mountain : Fort Mc Murray

2 commentaires

  1. “A la fin, nous nous souviendrons non pas des mots de nos ennemis, mais des silences de nos amis.” Martin Luther King.

    Alexandre.

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