Trans Mountain #5 : Grand chef indien

C’est un homme affable et chaleureux, au regard vif et malicieux, qui nous reçoit dans son vaste bureau sur Main Street dans un immeuble moderne entièrement dédié à la culture et à la défense des droits des Premières Nations. En écoutant le Grand Chef Stewart Philipp, président de l’Union des chefs indiens de Colombie-Britannique, on n’imagine pas tout de suite qu’il fut un jour cet homme révolté, plein de colère, un Amérindien aux cheveux longs, en treillis militaire, revendiquant le Red Power, se débattant aussi avec des problèmes d’alcool.

L’homme aujourd’hui est une force tranquille, s’exprimant lentement, avec douceur, un grand sage grandement respecté dans sa communauté et bien au-delà.  « Ma femme et moi avons 15 petits enfants et nous pensons à leur avenir. Ce n’est pas que nous détestions le monde ou le capitalisme, mais comme dit Joan, la part que nous n’accomplissons pas aujourd’hui, est ce que nous laisserons à nos enfants demain ».

Le Grand Chef Stewart Philipp est issu de la tribu Okanagan, l’une des 200 Premières Nations qui peuplent la Colombie-Britannique. Son combat aujourd’hui c’est le Trans Mountain, « le combat épique de l’eau contre le pétrole ». Et il est fier de se lever contre ce projet aux côtés des Squamish, des Coldwater, des Tsleil-Waututh, des guerriers de Tiny House, aux côtés d’une multitude de groupes de défense de l’environnement et de la grande majorité des habitants de Colombie-Britannique.

« Nous ne sommes pas seuls dans cette opposition. Le Trans Mountain n’est pas seulement une question indigène. Si le pipeline vient à céder, cela aura des conséquences sur les nappes phréatiques, sur les fleuves, sur tout l’écosystème de Colombie-Britannique et sur l’économie qui vit du tourisme pour près de 8 milliards de dollars par an ». « Il n’y a pas de bénéfice réel pour la Colombie-Britannique. Alors pourquoi devrions nous supporter un tel risque, quand un accident pourrait affecter notre environnement sur plusieurs générations ? ».

Pour le Grand Chef Stewart Philipp, l’issue du combat ne fait aucun doute. Ils gagneront. Ils gagneront parce que la cause est juste et que les Canadiens sont de plus en plus nombreux à se réveiller face à la crise climatique et à contester l’exploitation des terres préjudiciables à leur environnement. Et ils gagneront pour des raisons de coût économique. Le projet d’expansion du Trans Mountain ne serait pas rentable, quoiqu’en dise le puissant lobby pétrolier au Canada.

La société américaine Kinder Morgan, qui était initialement à la tête de ce projet d’agrandissement du pipeline, a jeté l’éponge devant les résistances et les recours en justice. Le gouvernement Trudeau a dû racheter en catastrophe en août 2018 le Trans Mountain pour 4,5 milliards de dollars canadiens (environ 3 milliards d’euros). Mais la facture serait aujourd’hui bien plus lourde. Plus le projet prend du retard, plus il devient cher. Et les débouchés aléatoires. «  Même l’Asie ne veut pas de ce pétrole crasseux corrosif pour leurs raffineries », explique le Grand Chef.

Christelle Marot

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Un commentaire

  1. Le cas du Trans Mountain me semble être peu abordé en Europe, et notamment sous l’angle des résistances locales. C’est intéressant de voir comment ceux qui sont le plus attachés à la terre, les Premières Nations, ont initié leur résistance et comment le reste des canadiens, et notamment les plus jeunes, s’emparent du sujet (cf. un de vos précédant sujet).
    En Europe, on se concentre quasi-exclusivement sur l’aspect géopolitique du potentiel gazodoc Nord Stream 2, probablement parce qu’il alimentera l’Europe et qu’il n’est pas destiné à exporter de la matière fossile, contrairement à Trans Mountain.
    Le vocable « Trans Mountain » est d’ailleurs ambigüe. Évocateur de connexion et de mise en relation, il pourrait presque résonner comme un projet chinois au nom poétique, tel le barrage des Trois Gorges…

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