Le luxe et le potager

Billet.

Paris, mai 2019 – Travaux préparatoires.

Nous faisons des recherches sur Vancouver, qui ambitionne de devenir l’une des villes les plus vertes au monde d’ici la fin de la décennie. J’aimerais trouver des illustrations de l’engagement de la population civile. Clics, clics. Manger local. Des restaurants, des marchés. Bien, parfait. Dormir local ? Clics, clics. Ah, je m’arrête sur un article : L’Hotel Fairmont se met au vert. Oui, bien, dormir zéro déchet, parfait !

Les cuisines de l’hôtel Fairmont Waterfront utilisent les herbes aromatiques cultivées sur le toit-terrasse de l’immeuble, végétalisé dès 1995 et qui abrite également 250 000 abeilles. Ces derniers mois, après des années d’amélioration et d’implication de la direction comme du personnel, l’établissement est ainsi parvenu à recycler 90% de ses déchets.

Vancouver, juin 2019 – A la recherche de l’hôtel Fairmont.

Nous rentrons d’abord dans le Downtown Fairmont, palace désuet, moquette beige épaisse, vieux beaux, carafes aux angles saillants et verre épais, ça sent la série des années 80, nous en déduisons que ça ne peut pas être là. Le lendemain, promenade vers Coal Harbour. Cette fois c’est lui : le Fairmont Waterfront, building contemporain de verre et d’acier surplombé d’arbres. Les lampadaires aussi se rêvent organiques.

Nous rentrons donc, à la recherche du toit végétalisé. Dans le hall, des robes de grands couturiers dans des vitrines et des spots en rang d’oignons supposés les valoriser. A ma droite les boutiques, à ma gauche un bar au public élégant, et des spots en rang d’oignons supposés les valoriser. Derrière le bar, de jolies bouteilles, et des spots en rang d’oignons supposés les valoriser. Hum. Je suis prise de doute. Nous ressortons.

Dehors, mon regard avait d’abord été accroché par l’étonnant carrousel à vélos. Oui, les vélos à disposition des clients de l’hôtel sont entreposés sur un carrousel tournant. Après tout pourquoi pas. Mais j’avais raté l’essentiel : le parc automobile de ces mêmes clients. Un énorme break Chevrolet. Un 4×4 Audi. Un 4×4 BMW. Un 4×4 Porsche. Vous noterez bien qu’ici ce ne sont pas les marques de luxe qui me rendent aigrie mais les émissions de dioxyde de carbone qui m’angoissent.

Donc. Rouler lourd et pédaler léger ? Manger des salades au thym du jardin et faire briller son minois sous les spots ? Hum. Finalement le toit terrasse attendra. D’ailleurs, le Directeur du développement durable de Vancouver nous l’a confirmé avant-hier : Pour compenser l’empreinte carbone de la cité, se sont des forêts entières qu’il faudrait planter autour de la ville lumière. Racheter nos péchés.

Stéphanie Nedjar

2 commentaires

  1. Ces cas quasi-schizophréniques ne sont malheureusement pas rares.
    Je crois me rappeler de quelque chose d’équivalent chez Al Gore par exemple : lumières toujours allumées dans sa grande maison et véhicule polluant mais un engagement réel sur le climat…
    En tout cas, les arbres stylisés sont plutôt beaux.

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