Avertissement : traversée du pipeline Trans Mountain #2

En arrivant dans le village indien de Coldwater, sur la commune de Merritt à 270 kilomètres au Nord de Vancouver, nous nous mettons en chasse du Trans Mountain, ce pipeline contesté transportant du pétrole extrait des sables bitumineux, sur plus de 1 000 km entre Fort McMurray et Vancouver. Après trois quarts d’heure à sillonner des routes rocailleuses et à gravir des talus, nous tombons sur un premier piquet jaune masqué par les herbes folles sur lequel est inscrit « Warning oil pipeline crossing. Before digging or in case of emergency, call 24 hours » (Avertissement : traversée de l’oléoduc. Avant de creuser ou en cas d’urgence, appelez ce numéro 24 heures sur 24).

Cimetière indien de Coldwater (photo S.Nedjar)

Ces piquets jaunes, nous les retrouverons près de la décharge, près du site industriel et près des habitations de Coldwater. Ce village où vivent 600 familles fait partie des Premières nations (autochtones) les plus farouchement opposées au projet d’agrandissement du pipeline Trans Mountain, affirmant que celui-ci menace de gâcher une nappe aquifère cruciale pour la communauté depuis des générations.

Mais les recours en justice du Grand chef indien de Coldwater, Lee Spahan, et ceux lancés par d’autres leaders des Premières nations sont pour l’instant restés lettre morte. Le  petit village, qui n’a guère d’autre attraction que son église bleu ciel et son cimetière indien, se désespère d’être un jour entendu.

Ruth Majov et sa petite fille Echo (photo S. Nedjar)

Sous le soleil, Ruth Majov, 65 ans et sa petite fille Echo âgée de 13 ans recouvrent de terreau noir des semis de pommes de terre. « C’est le gouvernement qui décide, qu’est ce que l’on peut faire ? On est trop petits et nous sommes pauvres , explique Ruth en rajustant sa casquette kaki sur laquelle est brodée une plume d’indien. Moi, je ne suis jamais sortie de ces montagnes alentours. Juste une fois, pour aller à Washington ».

Depuis le 18 juin, le Trans Mountain fait la Une des journaux canadiens et alimente la controverse. Le premier ministre Justin Trudeau a bien du mal à faire avaler la pilule aux Premières nations et aux habitants de Colombie britannique qui ne veulent pas de ce pipeline qui va tripler la quantité de pétrole transporté depuis l’Alberta jusque dans la baie de Vancouver.

Les opposants craignent une catastrophe écologique majeure. L’expansion du Trans Mountain va augmenter dramatiquement les émissions de gaz à effet de serre et multiplier par 7 le trafic de navires pétroliers dans la baie de Vancouver. Le projet est aussi perçu comme une atteinte au mode de vie et droits des populations autochtones, pour lesquelles, l’eau, la terre et la forêt sont sacrées.

Moins de la moitié des Premières nations dont les territoires se trouvent le long du tracé du pipeline ont donné leur consentement à ce projet. Et nombre d’entre elles sont entrées en résistance, largement soutenues par les défenseurs de l’environnement et le gouvernement provincial de Colombie britannique. Avec un cri de ralliement : « Warrior Up ! ».

Christelle Marot

#6 Trans Mountain : le Canada face à ses contradictions

#5 Trans Mountain : Grand Chef indien

# 4 Trans Mountain : la partie n’est pas terminée

# 3 Trans Mountain by numbers

# 1 Trans Mountain : Fort McMurray

2 commentaires

  1. Bonjour,
    Les personnes que vous avez rencontré, je pense notamment à Ruth et Echo Majov, étaient-elles heureuses que deux européennes s’intéressent à leur problème ?
    Étaient-elles surprises ou étonnées par votre démarche ?
    Alexandre.

    1. Bonjour Alexandre,
      Contentes que l’on s’intéresse à leurs problèmes, vraisemblablement. Elles ont répondu très facilement aux questions. Etonnées non. C’est nous plutôt qui avons été surprises par l’absence d’intérêt des villageois pour deux femmes crapahutant aux alentours de leurs propriétés.

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