Trans Mountain #1: Fort McMurray

« Un ours, un ours, j’ai vu un ours ! » crie Victor à l’arrière de la voiture qui nous mène jusqu’à Fort McMurray. Dans mon rétroviseur, je distingue une masse noire se mouvant lentement sur le bas côté. L’animal semble perdu sur ce bord d’autoroute. C’est à se demander ce qu’il fait là. Car si nous sommes bien au Canada, loué pour sa beauté sauvage,  en arrière plan, c’est un paysage de désolation qui s’offre à nous. Ce sont  des milliers d’hectares de sapins rendus faméliques par les pluies acides, ce sont des champs d’allumettes qui défilent, des forêts couchées et les premières boursouflures sur la terre.

Nous sommes à 400 kilomètres au Nord d’Edmonton, au cœur des gisements de sables bitumineux, ces sables mélangés à un pétrole brut visqueux, que l’on extrait à ciel ouvert en éventrant la terre avec d’énormes pelles excavatrices. Les sables bitumineux, soit 98 % des réserves prouvées de pétrole au Canada, sont considérés comme les plus sales et les plus polluants au monde. Selon le ministère de l’environnement, la province pétrolière de l’Alberta représente à elle seule 37 % des émissions de gaz à effet de serre du pays. Sans compter les pluies acides provoquées par les émissions de dioxyde de soufre et d’azote.

Nous décidons de ne boire que de l’eau minérale en bouteille.

En arrivant à Fort McMurray dans le soir couchant, nous restons sans voix. La ville est grise et cernée de gris, et d’arbres morts pendus sur la colline. Près de 80 000 personnes y vivent et y travaillent, ouvriers de l’apocalypse. Il n’y a pas de beauté ici. Mais des chaînes de supermarchés, des magasins d’alimentation indiens, asiatiques, mexicains, des fast-food, des liquor store et de tristes hôtels à la mine renfrognée accueillant les voyageurs sous une pluie froide.

Raffinerie Syncrude à Fort McMurray. Photo S. Nedjar

A une trentaine de kilomètres, la raffinerie de la compagnie pétrolière canadienne Syncrude peint le ciel de ses volutes de fumée blanches et épaisses. A quelques encablures, un panneau promotionnel rappelle ironiquement à quel point Syncrude est engagé en faveur de l’environnement, réintroduisant des hardes de bisons sur d’anciens gisements de sables bitumineux.

« I love Oil and Gas » et « I love pipelines » peut-on lire sur l’autocollant d’un pick-up blanc qui file vers le Nord. Oui, l’Alberta aime le pétrole et ses pipelines. Et se réjouit. Le gouvernement fédéral d’Ottawa vient de donner son feu vert le 18 juin à l’expansion du Trans Mountain, un pipeline de plus de 1 000 kilomètres, qui va tripler la capacité de transport du pétrole jusqu’aux navires cargo de Vancouver. Et offrir de nouveaux débouchés à la province pétrolière.

Christelle Marot

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#2 Avertissement : traversée du pipeline Trans Mountain

5 commentaires

  1. Avec les marches pour le climat et la prise de conscience on arrivera peut-être à empêcher tout cela

    1. Espérons-le ! Tu pourrais nous raconter comment se sont passées les marches sur le climat auxquelles tu as participé en Allemagne ces derniers mois ?

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