Un samedi soir sur la terre

Paris / Edmonton via Calgary. Pourquoi Edmonton, capitale de l’Alberta ? Parce que la ville, et la province toute entière, vivent des énergies fossiles. L’Alberta possède la deuxième réserve de pétrole brut du monde derrière l’Arabie Saoudite et les grandes entreprises pétrochimiques se pressent à Edmonton – Les travailleurs aussi, d’Inde, de Chine, ou du reste du pays.

Dany, par exemple, vient du Nouveau Brunswick, province de l’est du Canada. Cela fait 13 ans qu’il travaille à FortMcMurray, terre de sables bitumineux au nord d’Edmonton. Il est monteur de structures d’acier pour un salaire horaire de 45 dollars canadiens (30 euros), soit près de 4 fois le salaire minimum horaire dans sa région. Il est venu prendre des vacances et se reposer à Edmonton. « Les gars viennent de tout le pays mais surtout de l’Est du Canada, de l’Ontario, du New Brunswick, pour travailler dans le pétrole à Fort McMurray ». « Les gens originaires d’Edmonton vivent aussi du pétrole, ils travaillent dans les raffineries ».

Alors nous aussi, nous avons voulu voir Edmonton. Nous avons à peine posé le pied sur le sol canadien. Où peut-on grignoter s’enquiert-on ? L’aubergiste nous vend Whyte Avenue comme l’artère ‘‘hype’’ de la ville. On a de la chance, c’est à deux pâtés de maison. Premier pâté de maison. Nous passons devant une immense concession Chevrolet – Chevy pour les intimes. Les Corvette sont en vitrine. Second pâté de maison, ça y est nous y sommes, on ne peut pas se tromper. Oh, My Gosh ! Ca pétarade de tous côtés. Comme nous sommes encore un peu désaxées nous mettons un peu de temps à comprendre : Nous sommes samedi soir et tout Edmonton parade sur Whyte. Corvette, mais pas que : Cadillac rutilantes, Mustangs GT, camions Ford des années 50 complètement tunés, pick ups General Motors passés dans la potion magique du druide… Dès que les feux passent au vert les moteurs vrombissent, c’est à qui sera le plus remarqué. Une Jeep passe, elle nous fait soudain l’effet d’un nain de jardin.

C’est comme ça tous les samedis soirs, nous explique une serveuse, à qui nous avons eu bien du mal à faire comprendre de quel « ça » nous parlions. Des hommes blancs pour l’essentiel, dans la force de l’âge. Et sur les trottoirs, des passants plutôt imbibés, des chevelures peroxydées,  des mini-shorts frangés qui ne pardonnent pas, des effluves de cannabis derrière chacun ou presque, des bikers dont les Harley ne prennent sans doute pas souvent les virages, et une poignée de laissés pour compte qui chantent le blues dans la plus grande indifférence.

Drôle de spectacle. On est samedi soir. Bienvenue à Edmonton.

Stéphanie Nedjar

2 commentaires

  1. Ces distractions du samedi soir me rappellent le ville de Kiruna dans les années 90 où de grosses voitures américaines bourrées de jeunes mâles qui l’étaient aussi descendaient puis remontaient inlassablement à toute petite vitesse la rue principale en klaxonnant et en interpelant toutes les filles en promenade qui parfois montaient dans une voiture et faisaient quelques aller-retours.
    Peut-on en déduire une théorie sur les villes minières ?
    Et avec le déplacement de la plus grande partie de la ville pour agrandir la mine cette coutume pourra-t-elle se transmettre ?

    Grosses bises
    Pascal

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